Vannes et quelques sites du golfe du Morbihan : 20 et 21 mars 2002

Le programme du séjour devait concilier le tourisme, les sciences et la découverte de la nature.

Aussitôt après le déjeuner, rendez-vous à l’Hôtel de ville, point de départ de la visite de Vannes, qui s’est déroulée dans un ordre inhabituel.

Les origines anciennes de Vannes la rattachent à un passé lointain : cité des Vénètes, ville galloromaine, siège de l’évêque, elle devenait au Moyen Age, une résidence des ducs de Bretagne du XIIIe au milieu du XVe siècles. Les périodes de construction et d’embellissement alternaient avec celles de destruction qui correspondaient à l’occupation étrangère (anglaise, espagnole).

Vannes a vu en ses murs, en 1532, le rattachement de la Bretagne à la France. Devenue française, la ville a accueilli, en 1675, le Parlement de Bretagne chassé de Rennes pour son manque de docilité vis-à- vis du roi.

Les biens du clergé qui entouraient la ville ont été confisqués pendant la Révolution. Ces mesures ont favorisé l’urbanisme et permis d’entreprendre des réalisations architecturales comme la Préfecture et l’Hôtel de ville inaugurés respectivement en 1865 et en 1886, tout en conservant l’intra-muros.

L’hôtel de ville construit en pierre blanche dans le style néo-Renaissance, très en vogue à l’époque, est un bâtiment de prestige voulu par les élus à la fin du XIXe siècle. L’intérieur est aussi beau que la façade que l’on a comparée à celle de l’hôtel de ville de Paris.

L’escalier d’honneur en marbre jaune d’Echaillon est éclairé par un très grand vitrail représentant le mariage d’Anne de Bretagne et de Charles VIII qui eut lieu à Langeais, le 6 décembre1491. Ce vitrail est l’œuvre de Champigneulles qui a obtenu le grand prix du Concours international de Paris, en 1885. Avant d’accéder aux principales salles, libérées en début d’après-midi, nous avons pu admirer les décorations du plafond et les mosaïques du couloir du premier étage. C’est une réalisation ambitieuse marquée par le choix de matériaux de qualité, voire luxueux.

Ce n’est qu’en 1905 que la statue équestre, en bronze, du connétable Arthur de Richemont, œuvre du sculpteur Leduc, fut installée sur la place de l’hôtel de ville.

Cette visite a été possible grâce à l’obligeance de M. Goulard, député-maire de la ville.

En nous rendant à la cathédrale, nous avons pu voir les vestiges du mur d’enceinte du vieux Vannes, des maisons des XVe et XVIe siècles “à colombages” ou “à pans de bois”. Le rez-de-chaussée est en pierre et s’ouvre sur la rue avec étal et fenêtres, les façades à encorbellement présentent souvent deux étages, chaque étage s’avançant par rapport au précédent.

La cathédrale est vraiment le fruit de réalisations successives. Reconstruite au XIe siècle, les Plantagenêt la dotaient d’un chœur roman, démoli au XVIIIe siècle. Puis l’apport de dons, de 1480 à 1494, a permis la construction de la nef et du porche dans un style gothique flamboyant. C’est au XVIe que la chapelle ronde de deux étages vint s’ajouter à l’édifice. Dans cette rotonde Renaissance, d’inspiration italienne, ont été rassemblés les souvenirs liés à saint Vincent Ferrier : son tombeau, un reliquaire, une tapisserie de 1615.

La cathédrale abrite, dans ses cinq chapelles et ses transepts, de nombreux tableaux du XIXe siècle (huiles sur toile) imposants par leurs dimensions. Ces œuvres sont classées à l’inventaire des monuments historiques.

Si Vannes, ville ancienne, est chargée de plus de 2000 ans d’histoire, sa région recèle une richesse archéologique de la période néolithique, entre -3500 et -1800.

Le musée de Château-Gaillard présente, entre autres, des collections archéologiques provenant des grands sites de Carnac, Damgan et des îles. Ce manoir appartenait à Jean de Malestroit, évêque de Nantes (1417-1443). Il a été agrandi au XVIe siècle après avoir servi au Parlement, au siècle précédent. Actuellement, il abrite les collections de la Société polymathique du Morbihan et un important musée de préhistoire. Le produit des fouilles présenté dans les vitrines date de périodes s’échelonnant du paléolithique (-35000 à -12000) à l’âge du fer (-600 à -56).

Toute la Bretagne connaît la pierre taillée. En effet, des découvertes récentes ont mis en évidence, sur le littoral et à l’intérieur du pays, des grès, des quartz appointés sur les deux faces ou bifaces.

Au mésolithique (de -10.000 à -5000), des chasseurs et pêcheurs utilisaient des outils en silex de petite taille (microlithes) alors que, sur le continent, leurs contemporains fabriquaient des pics ou tranchets à partir des grès de St Congard.

Entre -3500 et -1800, la civilisation des mégalithes dominait, laissant derrière elle menhirs, dolmens et alignements. Les fouilles des tumulus de St Michel et du Moustoir à Carnac, de Tuniac à Arzon, de Locmariaquer, ont mis à jour de nombreux éléments datant du néolithique (-5000 à -2000) tels que les haches en jadéite poli de plusieurs tailles, de nombreux pendeloques et colliers en Callaïs de 32 à 98 grains. Toutes ces pierres étaient disposées dans les dolmens, symboliquement, suivant la direction sud-nord. Durant cette période, s’opère une grande évolution dans l’utilisation de la pierre, de l’argile et autres matériaux. On trouve des anneaux, des disques rotatifs à bord tranchant, des poignards en silex, des pendeloques en schiste, un percuteur en dolérite, des récipients en terre cuite, des céramiques aux formes diverses et aux décors caractéristiques, permettant d’établir la chronologie.

La sédentarisation a entraîné de profondes modifications : pour subsister, la population pratiquait la cueillette, la chasse, cultivait les lentilles, le blé, les pois, l’orge, le lin. Pour réaliser ces cultures, elle avait conçu des outils de défrichage, d’abattage des arbres avec une hache munie d’un manche en bois. Pour la chasse, ils utilisaient les flèches, les poignards en silex. Etaient également fabriquées des céramiques, des briques qui datent de -2500 à -2000 ans.

A l’age de bronze (-2000 à -700), l’art guerrier se perfectionnait, le poignard devenait épée, les flèches étaient remplacées par les pointes de lance. Les parures étaient constituées de bracelets, de colliers finement ciselés, témoignant d’une grande maîtrise dans le travail du métal. Par contre, les nombreuses haches à douilles retrouvées dans des régions éloignées les unes des autres, devaient servir de monnaie d’échange (-700 à -600).

A l’exception de monnaies gauloises, d’éléments de parure en bronze, de ciseaux, l’âge de fer (-600 à -56) a laissé peu de témoignages, les objets en fer se sont rapidement dégradés dans le sol acide.

Cependant de nombreuses monnaies en or témoignent de la présence des Celtes dans la région vannetaise en l’an -500. Les pièces d’or 18 carats (7,8 g) représentant au droit une tête humaine à chevelure stylisée, au revers un cheval à tête humaine, étaient utilisées par les Vénètes au 1er siècle avant J.-C. Malgré leur réputation de bons marins guerriers, ils se sont fait battre par les Romains. Ces derniers laissaient dans toute la région des céramiques galloromaines, des céramiques fumigées, de la vaisselle de table parvenue d’ateliers italiens.

Promenade pédestre : A la sortie du musée archéologique, nous avons quitté les rues pavées bordées de maisons “à colombages” pour rejoindre la Porte Prison ou Porte St Patern, du XVe siècle. Ensuite, tout en longeant les jardins des remparts, nous pouvons voir la Tour du Connétable ( XVe), la préfecture et ses jardins, les lavoirs du XVIIIe siècle au bord de la Marle et, enfin, le château de l’Hermine, ancienne résidence des ducs de Bretagne démolie au XVIIe, reconstruite au début du XIXe siècle. Il ne faut pas oublier la porte St Vincent qui s’ouvre sur le port de plaisance ainsi que les hôtels particuliers construits lors de la venue des parlementaires de Rennes, l’hôtel de Dondel, de Francheville… Que de pages d’histoire à tourner…mais tout a une fin. Et ce vent froid venant du nord ne nous a pas incité à flâner dans les rues de la ville.

La réserve naturelle des marais de Séné est au programme du 20 mars au matin. C’est à partir du mois de mars que l’on voit arriver les oiseaux migrateurs et le printemps reste le moment idéal pour les découvrir sur ces 410 hectares protégés.

Les visiteurs sont accueillis dans une ancienne porcherie où l’on peut voir les illustrations sur les modes de vie des espèces d’oiseaux qui vivent dans la région, et sur le parcours des migrateurs depuis leur lieu d’hivernage jusqu’à celui de la reproduction. Un film de quelques minutes retrace le travail effectué pour valoriser cet espace naturel constitué d’anciens marais salants, de prés salés et de champs. Avec patience, les amoureux des oiseaux reconstruisent les digues, refont le système hydraulique, tracent un petit circuit de découverte au milieu d’une végétation sauvage. Après avoir répondu à nos questions, M. Jean David animateur, nous conduit vers les observatoires qui surplombent les étangs aux différents niveaux d’eau.

L’humidité ambiante réduit l’efficacité des longuesvues mais l’œil averti de notre accompagnateur saisit la moindre scène originale pour nous indiquer où pointer le bout de la lorgnette : les barges à queue noire, très laborieuses, qui font une pose déjeuner sur la réserve avant de reprendre leur voyage entre l’Afrique et la Sibérie ; le chevalier gambette, l’aigrette blanche, l’échasse blanche, le bécasseau, les tadornes au plumage coloré, les avocettes, notamment un couple qui a voulu fêter le jour du printemps par ses jeux de séduction, ses parades. De tous les oiseaux visibles sur la réserve, les spatules sont les plus rares. Leur passage à Séné a lieu de février à mars lorsqu’elles font route vers les Pays- Bas, et d’avril à octobre lors du voyage de retour vers la Mauritanie, le Sénégal. La technique de pêche de la spatule est particulière : tout en marchant, elle agite la tête de gauche à droite et, avec son long bec aplati, elle avale le poisson ou la crevette qu’elle a capturé. Par contre, les avocettes attrapent les vers en fauchant la surface de la vase par les mouvements latéraux de leur bec. D’où la nécessité de bien maîtriser le niveau de l’eau : moins de 20 cm pour maintenir les conditions favorables à l’alimentation et à la nidification des avocettes dans les marais. Chaque espèce y retrouve son espace en fonction de son mode de vie. A la fin de ce spectacle en pleine nature, les amateurs de photos animalières ont pu admirer une exposition consacrée à “la pêche à poils et à plumes” , clichés où sont pris sur le vif l’ours, le cormoran, la loutre…

Archimex est notre objectif de l’après-midi : situé à Vannes, Archimex est un centre de recherche, de formation et d’information dans le domaine des biotechnologies, des procédés d’extraction et de purification des produits naturels, au service des industries agroalimentaires, pharmaceutiques, cosmétiques, et des équipementiers.

Créée en 1989, Archimex est une association à directoire, sans but lucratif, régie par la loi 1901. Après cette présentation de l’entreprise, M. Mompon, le directeur, nous a parlé des missions d’Archimex dont les plus importantes sont :

Les solvants fluorés tels que les hydrofluoroéthers et les perfluorocarbones sont nés des problèmes de destruction de la couche d’ozone par les composés chlorés. Archimex a découvert et breveté de nouvelles applications pour ces solvants aux propriétés remarquables (absence de toxicité, respect de la réglementation sur l’environnement, de la sécurité dans l’utilisation).

Puis, Archimex a valorisé ses savoir-faire originaux et ses brevets par la vente de licences et par des partenariats avec des constructeurs afin de réaliser des travaux de façonnage à l’échelle industrielle.

Archimex emploie un personnel permanent de 20 personnes composé d’ingénieurs, de docteurs spécialistes des industries pharmaceutique et chimique, de l’agroalimentaire et de la cosmétique, de techniciens supérieurs et de documentalistes.

Les résultats de l’entreprise sont performants : depuis sa création en 1989, Archimex a réalisé plus de 650 études différentes pour de grands groupes industriels ou des PME. En 7 ans, Archimex a reçu, dans le cadre de son activité permanente, plus de 2600 stagiaires.

Après avoir exposé clairement l’activité innovante de l’entreprise, M. Mompon et M. Masson nous ont ouvert les portes des laboratoires où sont réalisées l’extraction et la purification des produits naturels ; nous avons pu observer également l’extraction assistée par micro-ondes et l’hydrodistillation sous micro-ondes par vide pulsé.

Evidemment pas de recherche sans un service documentaire interne efficace qui a été le point final de notre visite.

Riche de son passé, fière de son présent, Vannes se tourne résolument vers l’avenir.

Gavrinis : Au programme de la dernière journée, visite du “Cairn” de l’île de Gavrinis et de quelques sites du Golfe.

Situé au sud de l’île de Gavrinis, à l’entrée du golfe du Morbihan, le Cairn est accessible par bateau partant de Larmor-Baden. Ce monument, dolmen recouvert de pierres sèches, est un exemple caractéristique d’architecture néolithique (vers 3500 avant J.-C.). Il est constitué par l’assemblage d’une cinquantaine de dalles brutes soigneusement juxtaposées dont la plus importante couvre la chambre et pèse 17 tonnes.

Les supports de la galerie de 14 m et de la chambre funéraire sont ornés de gravures qui représentent des figures élémentaires, articulées entre elles, dont la signification demeure mystérieuse.

Les fouilles, reprises à partir de 1979, ont permis de dégager la face cachée des dalles et de mettre à jour des gravures plus anciennes, notamment celles de la dalle recouvrant la chambre. C’est un grand menhir brisé dont les deux autres parties se trouvent à Locmariaquer, distant de 4 km à vol d’oiseau.

De plus, l’île nous offre un des plus beaux points de vue sur l’entrée du Golfe du Morbihan, redouté pour ses courants marins.

L’après-midi, la visite des autres sites du golfe a été interrompue par de fortes pluies : la Pointe d’Arradon, Port Blanc, l’île aux Moines ont été aperçus sous le crachin. Dommage, car le soleil est apparu peu de temps après le départ des participants.

Marie-Thérèse Le Goff

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