Le présent numéro de « Rayonnement du CNRS » poursuit notre série qui pourrait s’intituler « Un homme,
une science ». François GROS, biologiste et Jean MALAURIE, géologue, ethnologue et explorateur de l’Arctique,
nous décrivent leur parcours personnel et six décennies d’avancées scientifiques dans leur domaine. Les
deux carrières présentent de nombreux points communs : beaucoup de mobilité géographique, thématique
et inter-disciplinaire et un très large rayonnement international.
François GROS commence sa carrière à l’Institut Pasteur en 1945 où il fait sa thèse sur les antibiotiques puis,
en qualité de chercheur au CNRS, part aux Etats Unis à Urbana où il travaille sur l’adaptation enzymatique.
En 1961 il repartira en stage chez James WATSON aux Etats Unis où il découvrira l’ARN messager. Il revient
en France en 1963 à l’Institut de biologie physicochimique et enseigne la biochimie à la faculté des sciences
de Paris en 1967, puis au Collège de France en 1973, passant de l’étude et de la culture des bactéries à celles
des cellules animales ou humaines pour déboucher enfin sur les cellules-souches, les gènes répresseurs et la
biologie des systèmes.
Il devient directeur de l’Institut Pasteur en 1976 où il multiplie les collaborations avec l’industrie, fidèle à la
tradition de Pasteur pour qui il n’y a pas de différence entre recherche appliquée et recherche fondamentale.
Tout aussi fondamental que le lien de la recherche avec l’industrie est celui avec l’enseignement : « les
conférences de synthèse… assurent un va-et-vient intellectuel entre l’exploration, propre à la science expérimentale,
et la synthèse, qui est propre à l’enseignement ». Il plaide aussi pour la multi-disciplinarité : « il faut
que des biologistes et des développementalistes parlent avec des généticiens moléculaires, et que ces derniers
parlent avec des physiciens et des mathématiciens. Peut-être que la biologie des systèmes va nous permettre
de mieux visualiser des modèles d’ensemble.. (mais) il faut que l’observation du vivant global ne perde pas
ses droits ». Pendant toute sa carrière il conservera des liens de collaboration étroite avec ses collègues étrangers,
aux Etats Unis, en Inde, au Japon en Israël et en Chine et il rend hommage, dans ce même numéro, à
un très grand biologiste et ancien Président de l’Etat d’Israël, Ephraïm KATZIR.
Jean MALAURIE effectue ses premières missions géomorphologiques en 1948 et 1949 au Groenland où il
passe ensuite une année entière seul, vivant avec les Esquimaux polaires, d’où il tirera sa thèse qui deviendra
« Les derniers rois de Thulé ». Tout au long de sa carrière, il enchaîne les missions, du Grand Nord canadien
à l’Alaska, du Groenland au Svalbard et à la Sibérie nord-orientale, restituant le résultat de ses observations
de terrain dans une suite d’ouvrages et de films et dans son enseignement au Centre d’études arctiques de
l’EHESS. Ses travaux mettent en évidence l’originalité de la culture du peuple inuit, qui a progressivement
pris conscience de son identité, et son extraordinaire adaptabilité à des conditions climatiques extrêmes. Jean
MALAURIE, Ambassadeur de bonne volonté de l’Unesco en charge des questions arctiques, souligne aussi les
dangers pour l’humanité du changement climatique qui entraîne la fonte des glaces de l’Arctique, permettant
l’ouverture à la navigation et à l’exploitation des ressources minérales des régions polaires. Le « Traité de l’Antarctique
» de 1991 avait fait de cette région une réserve naturelle interdite à toute activité autre que scienti-
fique, notamment interdite d’activité économique. Un « Traité de l’Arctique » symétrique n’est sans doute pas
concevable, mais les Nations Unies devraient au minimum promouvoir un accord international permettant la
protection d’un environnement fragile contre les risques de catastrophes écologiques d’origine humaine.
Notre Association s’honore de publier le message du nouveau Président du CNRS, Alain FUCHS et salue son
arrivée à la tête de notre maison. Alain FUCHS a été Chargé de recherches (1985-91) puis Directeur de recherches
(1991-95) au CNRS, avant de devenir Professeur des universités depuis 1995 (Université de Paris-Sud). Il
a fondé et dirigé (2000-05) le Laboratoire de Chimie-Physique d’Orsay (UMR 8000) et présidé la section 13
du Comité national de la recherche scientifique (2004-08). Il a dirigé l’Ecole nationale supérieure de chimie
de Paris (Chimie ParisTech) de 2006 à 2010.
Edmond Arthur Lisle
Président A3 CNRS