Le vieillissement

Notre Association est heureuse de proposer à ses lecteurs l’analyse très détaillée du Professeur Jacques Dupâquier, membre de l’Institut, sur le vieillissement. Nous devons cet article à notre Président d’honneur, Pierre Bauchet, qui avait proposé le thème et en avait désigné l’auteur, dès le début de 2005. Son initiative porte aujourd’hui ses fruits. La coopération entre l’auteur, l’équipe de rédaction du Bulletin et Bernard Dupuis, du Service de l’imprimé du Siège du CNRS, a été des plus fructueuses : les lecteurs en jugeront.

L’importance du thème ne saurait être sous-estimée. Nous en avions certes conscience, depuis assez longtemps déjà en France et plus généralement en Europe, où nous savions que nos sociétés vieillissaient, que la fécondité de nos populations n’assurait pas le remplacement des générations et que cela posait, à un terme relativement proche, un problème de financement de nos retraites. Mais nous sous-estimions l’ampleur et la portée mondiale du phénomène.

L’étude de Jacques Dupâquier vient à point nommé pour nous donner la vraie mesure de cette «tendance lourde » non moins préoccupante que celle du changement climatique dont le regretté Bernard Mégie nous avait entretenu dans notre Bulletin n°33 de novembre 2003.

Jacques Dupâquier nous démontre, documentation abondante à l’appui, que le vieillissement touche à des degrés divers tous les pays, à l’exception de l’Afrique et du Pakistan, l’Afrique sub-saharienne étant frappée d’autres fléaux (sida et paludisme). En Asie la deuxième puissance mondiale, le Japon, subit un vieillissement accéléré, et la Chine, puissance émergente si dynamique qui représente un cinquième de la population mondiale, risque de devenir vers 2030 un pays vieux avant d’être devenue un pays riche, conséquence de la politique de l’enfant unique des années Mao.

Le vieillissement étant quasi général à l’échelle de la planète, les migrations, bien qu’elles s’amplifient très naturellement, de pays pauvres à pays riches, ne sauraient constituer un remède car les immigrés voient leur fécondité s’aligner sur celle des pays hôtes en deux générations. La bombe à retardement du financement des retraites et de la prise en charge des maladies longues associées à la vieillesse n’est que temporairement différée.

Deux politiques complémentaires sont seules en mesure de prendre en compte les effets du vieillissement.

La première consiste à accepter l’allongement de la durée de la vie active : puisqu’on vit plus longtemps et que l’état sanitaire des sexagénaires et des septuagénaires - au moins dans les pays occidentaux - s’est amélioré, il est légitime de reculer l’âge de la retraite et d’encourager le cumul d’une retraite et d’une activité rémunérée. La vitalité des associations comme la nôtre, qui s’appuient sur le travail de bénévoles, démontre qu’il existe un réservoir de forces vives qui pourraient utilement contribuer à l’enrichissement de toute la société et à la couverture des retraites et des soins des plus âgés, des plus souffrants et des plus démunis.

L’autre politique consiste en une série de mesures qui faciliteraient le retour à un taux de fécondité garantissant le renouvellement des générations : avant tout, une économie dynamique assurant le plein emploi ; car rien ne déprime plus la fécondité que l’inquiétude face à l’avenir liée au chômage. Ensuite, logements abordables, assistance aux jeunes foyers pour la première, la deuxième et la troisième naissances, crèches, aides domestiques remplaçant la famille élargie d’antan...

L’analyse approfondie de Jacques Dupâquier nous pousse à la réflexion et à l’action. Nous voulons, dans notre Association, engager un débat entre nos lecteurs, sur les problèmes de société que nous abordons dans des articles de fond tels que celui-ci ou celui sur le «Manteau Vert» (n°40) ou sur la Recherche scientifique illustrée par la vie et l’oeuvre de Pierre Potier (N°41).

Faites-nous part de vos réactions à ces articles, de préférence par courrier électronique sur notre site internet (http://www.rayonnementducnrs.com/). Notre Association doit s’affirmer comme un lieu de débats et de propositions, qui analyse les problèmes de société, qui éclaire nos concitoyens, qui contribue à la recherche de solutions à ces problèmes.

Nous nous adressons aussi à tous les «anciens» du CNRS à l’étranger : rejoignez notre Association en créant et animant des sections locales qui rendront compte des activités scientifiques de vos pays, afin que notre Rayonnement soit vraiment international.

Edmond Arthur Lisle

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