Voyage à Naples : 12-19 octobre 2002

Naples, pourquoi Naples ? Le programme du CNRS A3 avait dévidé les visites classiques de la «touristomania»… Pompéï, Herculanum… mais c’est le dernier jour que notre voyage prenait tout son sens : au moment où, du haut des ruines de l’Acropole de Cumes, nous imaginions facilement l’arrivée sur la plage des Grecs civilisateurs. Venant d’Ischia, en face, où trouvant ici les mêmes conditions que dans leurs îles et leurs golfes, ils avaient quelque peu patienté. C’était au VIIe siècle avant J.-C. et, nous l’avions vu, ils avaient fait de même à Paestum, plus au sud.

A partir de là, l’histoire très riche de ces golfes, Naples, Sorrente, Salerne, de cette Campanie, de Naples pouvait défiler : la colonie grecque, l’empire romain, les Byzantins, les Lombards, les Normands, les Angevins, avec un intermède souabe, une longue période aragonaise, les Bourbons, Napoléon avec Murat, roi de Naples, enfin l’unité italienne et Garibaldi, sans omettre la constante géologique, cette masse menaçante et dévastatrice du Vésuve. Tout cela revit sous nos yeux, laissant éclater sa vitalité, ses charmes et la beauté des sites. C’est donc une longue histoire à découvrir à un moment ou à un autre de notre voyage.

A l’aéroport, nous attend Claudio, guide local, qui tout au long du séjour, assortira ses commentaires de «Fantastico !» et notre chauffeur Lauro, «la flèche du Vésuve».

C’est d’abord une visite panoramique rapide du monumental Naples moderne : les autoroutes, le grand stade ; ou ancien : l’Opéra San Carlo - 184 loges ! -, la galerie Umberto, le palais royal, le Castel Nuovo, les nombreuses places…une vraie capitale. Avant de se rendre à l’hôtel de Sorrente, arrêt obligatoire au Gambrinus, café-concert de la Belle Epoque et dégustation des spécialités de gâteaux napolitains avec capuccino. Brève visite du quartier des « Espagnols», si typique de Naples.

Sorrente, ravissante petite ville rose et blanche, perchée sur sa terrasse de tuf, avec ses jardins, son campanile à trois étages, ses rues pittoresques et leurs boutiques toujours ouvertes aux touristes - surtout anglais - ses cafés où, le soir, il fait bon pratiquer le farniente. De Sorrente, nous évitons au mieux les embouteillages pour atteindre en car Pompéi et Herculanum, anéanties en 79 lors de l’éruption du Vésuve, ressuscitées au XVIIIe siècle, actuellement fabuleux témoignage des mœurs de l’Antiquité.

Pompéï, florissante ville romaine ensevelie sous plus de 6 m de cendres, que nous imaginons à partir de la porte de la Marine en visitant son vaste site archéologique (66 ha aux 2/3 fouillés). Hélas ! nous ne sommes pas seuls à arpenter les voies principales, orientées est-ouest (Marine-Abondance, Nolla) et nord-sud (Vésuve) et à admirer les fontaines à leur croisement... Pas d’égouts, mais de hauts trottoirs et de grosses pierres caractéristiques qui permettaient aux piétons de circuler sans se mouiller les pieds et, entre elles, la trace du passage des roues des chars. Signalisation très figurative, à même les dalles. Près du forum, outre les vestiges de temples, on repère les édifices publics : la basilique (Palais de justice), les thermes, le marcellum (marché couvert), les greniers du forum où sont exposés quelques trouvailles archéologiques et des moulages en plâtre de victimes terriblement expressifs, les vestiges de maisons pompéiennes : leurs peintures, leurs fresques, la plus grande - celle du faune et son bronze -, la maison du poète tragique et sa célèbre mosaïque «Cave canem», des maisons d’artisans, une boulangerie et son four à bois, des tavernes… sans oublier le lupanar. La lumière est douce, le Vésuve majestueux, coloré de mauve et de vert…

Herculanum, cité balnéaire, située à 12 km de Pompéi, face au golfe de Naples, où de luxueuses habitations, submergées par un torrent de lave, qui, en se solidifiant a formé une gangue de 20 m d’épaisseur, protectrice de toutes ses richesses et aussi des structures végétales (bois, papyrus, étoffes), disparues à Pompéï. En dépit de fouilles restreintes, à jamais limitées par la construction d’une ville nouvelle, nous imaginons la douceur de vie des familles patriciennes de Rome dans leurs splendides demeures : la maison des cerfs avec son mobilier de marbre, la maison de Neptune et d’Amphitrite avec son triclinium d’été orné de mosaïques fameuses, la grâce des belles Romaines foulant la mosaïque du triton à l’entrée des thermes des femmes (sujet d’inspiration pour les peintres romantiques), sa boutique à céréales, sa boutique à vins avec son mobilier de bois intact, la grande maison d’Argo et son vaste jardin…

Emerveillement au Musée archéologique de Naples où sont sauvegardés une multitude de trésors, des chefs-d’œuvre de la mosaïque antique tels que la bataille d’Alexandre (victoire sur Darius), qui provient de la maison du faune (5,8 x 3,1 m), le portrait de femme bi-faces, d’un extrême raffinement…, le fameux vase bleu, les œuvres philosophiques de la maison du papyrus, les collections d’argenterie, de camées et… par la grâce de Claudio, la découverte de l’Eros pompéien du Cabinet secret.

Nous attendions beaucoup des surprises de Naples : la circulation aberrante, l’accrochage avec une 104, une animation de «nulle part ailleurs» dans l’axe de Spaccanapoli - étymologiquement qui coupe Naples - ses boutiques, ses encombrements, le quartier étudiant, les monuments à la peste, les caprices des horaires de fermeture des églises et des cloîtres. Heureusement, le duomo, église de Saint Janvier, était ouvert. Voir Naples et… revenir : il y reste tout à voir !…

Capri. Qui n’en rêve au fond de son coeur ? Reposante traversée. Tour magique de l’île tant les eaux sont translucides, l’érosion de la roche calcaire créatrice des Faraglioni et de «l’arche de l’Amour», vue des villas folles accrochées sur des parois vertigineuses, entre autres le site de celle de l’empereur Tibère. Montée en minibus à Anacapri : visite de la villa San Michele, aménagée par le médecin-écrivain suédois Axel Munthe et des jardins superbes, ceux d’Auguste surplombant la Via Krupp. Boutiques de luxe. Ça grouille de touristes. Circulez, si vous le pouvez, pour ne pas manquer le bateau du retour.

Salerne. Ce port construit par un Normand est maintenant très moderne, saturé de voitures - même françaises - et de containers. Mélange de styles dans la vieille ville, capitale byzantine puis normande, avec son vaste atrium à arcades décorées de mosaïques, siège (peut-être ?) de l’Ecole de Médecine qui rayonna pendant tout le Moyen Age, sa Porte aux Lions ( bronze du XIe siècle), son campanile élancé à fenêtres doubles, son duomo, consacré à Saint Matthieu, de style roman à l’origine, envahi par le baroque avec une exubérance de malachite, d’argent et d’albâtre, deux chaires sur colonnes grêles de marbre mauve, richement décorées de mosaïques et, en sous-sol, une très belle crypte baroque de marbre polychrome. Tout proche, le bord de mer rappelle la Croisette de Cannes en miniature.

Paestum. Au sud de Salerne, c’est le site grec éloigné des sites touristiques, ce qui en fait son charme et provoquera en nous un recueillement antique. Imaginez trois temples sur un campus verdoyant et même odoriférant : «les roses rouges de Paestum?»… Non des milliers de petites fleurs blanches. Trois temples dédiés à Héra, témoins de la Grande Grèce, construits avec des blocs de travertin superposés qui ont résisté aux séismes : le temple d’Héra, dit basilique, élevé vers 550 avant J.-C., avec ses colonnes de style dorique archaïque, renflées à mi-hauteur, tout près le «temple de Neptune», construit cent ans plus tard, de style dorique classique, contemporain du Parthénon. Détaché, sur le point culminant du site, le temple d’Athéna, dit de Cérès, érigé en 500 av. J.-C. Au musée : inoubliable, la plongée du pêcheur, peint en sa tombe en 480 avant J.-C. Fraîcheur des couleurs des tombes au toit pointu des Lucaniens, voisins et occupants provisoires du site entre les Grecs et les Romains.

Côte d’Amalfi. La route de Salerne annonçait la veille de magnifiques plongées visuelles sur la mer à partir d’une route étroite en corniche. Habileté diabolique des chauffeurs de cars qui se croisent dans le vide. Bravo Lauro !

Description impossible : il faut voir ces villages merveilleux, blancs et ocre, plaqués sur le flanc de la montagne, plongeant jusqu’aux ilôts Li Galli, demeure des Sirènes au temps d’Ulysse, ou s’élevant jusqu’au ciel, tel Positano avec une étincelante coupole de majolique et, tout au long, des tours de garde, des cloîtres médiévaux, des villas de gens célèbres, Sofia Loren revenant plusieurs fois, passant d’un lieu à l’autre pour les quitter tous, y compris la prison à Pouzzoles. Visite d’une grotte d’émeraude, pour le plaisir de voir de plus près la couleur d’une eau limpide et non polluée.

Amalfi, ses maisons blanches et ses ruelles que domine, du haut de ses 61 marches, la magnifique cathédrale Saint André avec, comme à Salerne, une porte byzantine en bronze du XIe siècle, un beau campanile de style arabo-roman et une crypte baroque en cours de restauration et, pour se consoler, l’exceptionnel cloître du Paradis.

Déjeuner au bord de mer, avec des pâtes pour caler l’estomac, avant de prendre une route sinueuse et folle jusqu’à Ravollo : son duomo et sa chaire de marbre du XIIIe siècle à six colonnes torsadées, supportées chacune par un lion, le palais Rufalo, où Wagner composa le Parsifal, villas et jardins d’où les vues sont somptueuses sur la mer avec 300 mètres d’à-pic : «les terrasses de l’infini». Inoubliable !

Un dernier jour pour s’assurer des faibles risques de volcanisme par la visite des champs phlégreens - champs de feu en français - : Cumes, déjà évoqué et un bonjour à la Sibylle au fond de son long couloir. Toute cette région, célébrée par Virgile dans l’Enéïde est extrêmement riche de monuments romains et de souvenirs, du cap Misène jusqu’à Pouzzoles, avec des mouvements de terrain - «le bradyséisme», des villes disparues dans la mer, des lacs et partout des ruines de thermes, d’aqueducs ou d’amphithéâtres… Pour finir, nous irons jouer avec le feu à la Solfatare, où la terre bouillonne dans un petit cratère, tandis que le gardien, avec un journal allumé, active les fumerolles qui jaillissent un peu partout et nous entourent sans danger, sous les yeux d’un Vésuve majestueux et calme. Reste une odeur de soufre.

Deux heures avant de prendre l’avion, visite trop expéditive, mais incontournable, du musée de Capodimonte, en fait Palais Royal, recelant d’absolues richesses de grands peintres italiens : Raphaël, Titien tirant le célèbre portrait du Pape Farnèse ou d’une Danaë sublime, bénéficiant des longs commentaires d’une guide très érudite, nous faisant cavaler jusqu’à la Flagellation du Caravage - œuvre unique dans l’histoire de la peinture - admirant au passage les somptueux talons du roi de Naples, Charles III – un grand roi pour Naples - et ses riches collections de porcelaines napolitaines avec un service de 600 pièces, un portrait de Napoléon par Gérard, etc.

Conclusion d’un voyage au pas de course sur cette colline royale d’où nous contemplons tout ce qui n’a pu être visité. Mais sans regret, car nous n’oublierons pas, entre autres, le brio italien, l’intérêt à l’égard des touristes, les pâtes en tout genre, les tentations des boutiques ou celles organisées par Claudio : limoncello, liqueur de citron, les marqueteries dont raffolent les Américains, la taille artisanale des camées, le somptueux dîner de gala dans les collines de Piano, chez «Le Prince», la soirée musicale folklorique - Funiculi funiculà…- au théâtre de Sorrente et, pour rappeler le sens de notre voyage, une partie de l’histoire de notre civilisation. Mais chacun gardera telle ou telle vision de charme…à revoir et pourquoi pas au printemps, lorsque fleurit l’oranger. Fantastico !

Claudius Martray et Monique Thomasset

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