Après ce séminaire introductif, quarante personnes
poursuivent l’enrichissement de leurs connaissances
dans ce domaine par la découverte du « Pays du
verre et du cristal », au Nord-Est de la Lorraine et à
proximité de la frontière franco-allemande.
C’est au XIVe siècle que l’on trouve les racines
historiques de cette économie verrière dans
cette communauté de sept villages : Enchenberg,
Goetzenbruck, Lemberg, Meisenthal, Montbronn,
Saint-Louis-les-Bitche et Soucht. Les guerres du
XVIIe siècle seront capitales pour le développement
de cette petite région, terre de passage pour
des verriers venus d’Argonne, de Bavière et du
Wurtemberg. Ceux-ci œuvraient d’abord dans des
« verreries itinérantes » en fonction de la disponibilité
des matières premières, le bois principalement.
Léopold, duc de Lorraine, encourage fortement
l’immigration et accueille ainsi des familles de verriers
de Souabe et de Bohême.
Au début du XVIIIe siècle, les premières « verreries
fixes » seront fondées à Meisenthal et à Goetzenbruck,
villages pionniers de l’histoire contemporaine du
Pays du verre et du cristal.
A la fin du XIXe siècle se joindra la verrerie de Saint-
Louis-les-Bitche, toutes trois emploieront près de
3000 personnes, soit la quasi-totalité de la population
active à cette époque.
Jusqu’au milieu du XXe siècle, l’importance et le
dynamisme de l’industrie verrière incitent les maîtres
verriers travaillant dans de grandes entreprises
locales à s’établir à leur compte dans les villages tels
Soucht et Montbronn.
Aujourd’hui, malgré le déclin impressionnant de
l’économie verrière dû à de multiples facteurs (pouvoir
d’achat en baisse au niveau mondial, crise des
exportations, nouvelles pratiques de consommation,
difficultés du métier de base avec de nouveaux procédés
de conception et de production industrielles,
...), les activités du bois et du verre restent encore
les plus développées dans la région, mais avec un
effectif considérablement réduit.
Le Musée du verre et du cristal de Meisenthal se
trouve dans l’ancienne verrerie créée en 1704 par
des verriers de Soucht (les familles Walter, Stenger et
Burgun) et qui fonctionnera jusqu’en 1969. Connue
pour ses verres de montre, elle accueillit Emile Gallé
de 1867 à 1870, qui y procéda à ses travaux sur la
pâte de verre. Le musée reconstitue les différentes
étapes de la fabrication verrière avec une exposition
d’anciens outils et de fours illustrant les techniques
de fabrication des pièces en cristal. Des projections
vidéos pédagogiques et les commentaires érudits et
humoristiques de nos deux guides complètent agréablement
l’information historique et technique correspondante.
Nous n’oublierons pas les nombreuses
pièces exposées dans de superbes vitrines et signées
par les célèbres maîtres verriers. Parmi celles-ci, nous
découvrons l’œuvre de Désiré Christian et celle de sa
famille, intimement liée à celle d’Emile Gallé.
En effet, D. Christian a été le principal collaborateur
d’E. Gallé à Meisenthal où celui-ci a fait souffler ses
œuvres de verre pendant 27 ans, avant de construire
sa propre cristallerie à Nancy en 1894. On doit à
Charles Gallé-Reinemer, le père d’Emile, la découverte
de l’inestimable talent de Désiré Christian.
Le Centre International d’art verrier (Ciav), créé en
1993, se trouve à proximité du Musée. Il se compose
d’un atelier et d’une salle d’exposition-vente. Dans
l’atelier, nous assistons à une démonstration de fabrication
des fameuses « boules de Noël » de Meisenthal,
en présence d’un maître-verrier et d’étudiants stagiaires.
Le CIAV travaille en collaboration avec la
« Hochschule der Bildenden Künste » de Saarbrücken
et l’Ecole nationale supérieure d’art de Nancy.
Avant de nous restaurer, de façon très conviviale, à
l’Auberge de Mésanges, nous traversons la « Halle
verrière », aujourd’hui lieu de découvertes où artistes,
comédiens, acrobates, plasticiens, musiciens,
chanteurs, ... présentent leurs différentes créations
tout au long de l’année, sans rapport direct avec
les Arts verriers.
Nous continuons notre périple mosellan à Saint-
Louis-les-Bitche à « La Grande Place-Musée du Cristal
Saint-Louis ».
En 1767 le roi Louis XV autorise la reprise d’une
ancienne verrerie active au XVIe siècle. Elle portera
le titre de « verrerie royale de Saint-Louis ». En 1781,
les nouvelles verreries royales de Saint-Louis sont
les premières sur le continent à mettre au point
le cristal dont l’Angleterre détenait le monopole.
Grâce à cette technique, Saint-Louis supplante en
Europe le verre de Bohême et connaît son âge d’or.
Cette manufacture est la plus ancienne cristallerie
française et se distingue de ses concurrentes par
l’utilisation de la couleur dans le cristal. Sa renommée
mondiale s’est faite aussi sur les sulfures dont
les collections sont remarquables.
Depuis 1989, l’établissement est repris par la société
Hermès qui redynamise la vielle maison.
Le musée privé, au sein même de l’ancienne
manufacture, expose les œuvres dans leur contexte
historique et technique, accompagné d’une aide
audiovisuelle libre. Sur un parcours initiatique de
près d’un kilomètre, avec vingt stations, le visiteur
est invité à arpenter une étagère géante en pente
douce où environ 2000 pièces illustrent quatre siècles
d’histoire !!!
Dans un bâtiment du XIXe siècle, les architectes Lipsky
et Rollet conçurent une boîte en pin clair rappelant le
grenier original et mettant en valeur la pureté du cristal
par une mise en scène contemporaine et épurée.
Les chefs-d’œuvre y sont présentés par thèmes et la
scénographie est animée par une mise en lumière et
par une évocation imagée et filmique des processus
industriels et des styles artistiques correspondants :
verres et carafes taillés, objets en malachite ou en
opaline, sulfures, pièces décorées à l’or fin, gravées
ou richement taillées...
Enfin nous n’oublierons pas l’exposition temporaire
moderne de J.F. Zimmermann, maître verrier allemand,
titulaire de la chaire de création artistique
en verre à l’Académie des beaux arts de Stuttgart.
Les œuvres exposées sur notre parcours illustrent
l’ordonnancement cellulaire du monde microscopique
naturel. L’artiste souffle le cristal à travers un treillis
métallique et obtient ainsi des formes variées, à
l’image des systèmes naturels parfaitement ordonnés :
« Tout comme un organisme vivant, la masse vitreuse
soufflée à travers la grille obéit à un principe de
construction précis qui engendre l’ordre et la forme
fonctionnelle et la structure la plus stable ».
Ce court passage dans le « Pays du verre et du cristal
» fut comme un cadeau de Noël, très amicalement
partagé.
Bernard Maudinas
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