Visite des musées de Meisenthal et de Saint-Louis-les-Bitche (Moselle) 3 décembre 2009.

Après ce séminaire introductif, quarante personnes poursuivent l’enrichissement de leurs connaissances dans ce domaine par la découverte du « Pays du verre et du cristal », au Nord-Est de la Lorraine et à proximité de la frontière franco-allemande.

C’est au XIVe siècle que l’on trouve les racines historiques de cette économie verrière dans cette communauté de sept villages : Enchenberg, Goetzenbruck, Lemberg, Meisenthal, Montbronn, Saint-Louis-les-Bitche et Soucht. Les guerres du XVIIe siècle seront capitales pour le développement de cette petite région, terre de passage pour des verriers venus d’Argonne, de Bavière et du Wurtemberg. Ceux-ci œuvraient d’abord dans des « verreries itinérantes » en fonction de la disponibilité des matières premières, le bois principalement.

Léopold, duc de Lorraine, encourage fortement l’immigration et accueille ainsi des familles de verriers de Souabe et de Bohême.

Au début du XVIIIe siècle, les premières « verreries fixes » seront fondées à Meisenthal et à Goetzenbruck, villages pionniers de l’histoire contemporaine du Pays du verre et du cristal.

A la fin du XIXe siècle se joindra la verrerie de Saint- Louis-les-Bitche, toutes trois emploieront près de 3000 personnes, soit la quasi-totalité de la population active à cette époque.

Jusqu’au milieu du XXe siècle, l’importance et le dynamisme de l’industrie verrière incitent les maîtres verriers travaillant dans de grandes entreprises locales à s’établir à leur compte dans les villages tels Soucht et Montbronn.

Aujourd’hui, malgré le déclin impressionnant de l’économie verrière dû à de multiples facteurs (pouvoir d’achat en baisse au niveau mondial, crise des exportations, nouvelles pratiques de consommation, difficultés du métier de base avec de nouveaux procédés de conception et de production industrielles, ...), les activités du bois et du verre restent encore les plus développées dans la région, mais avec un effectif considérablement réduit.

Le Musée du verre et du cristal de Meisenthal se trouve dans l’ancienne verrerie créée en 1704 par des verriers de Soucht (les familles Walter, Stenger et Burgun) et qui fonctionnera jusqu’en 1969. Connue pour ses verres de montre, elle accueillit Emile Gallé de 1867 à 1870, qui y procéda à ses travaux sur la pâte de verre. Le musée reconstitue les différentes étapes de la fabrication verrière avec une exposition d’anciens outils et de fours illustrant les techniques de fabrication des pièces en cristal. Des projections vidéos pédagogiques et les commentaires érudits et humoristiques de nos deux guides complètent agréablement l’information historique et technique correspondante. Nous n’oublierons pas les nombreuses pièces exposées dans de superbes vitrines et signées par les célèbres maîtres verriers. Parmi celles-ci, nous découvrons l’œuvre de Désiré Christian et celle de sa famille, intimement liée à celle d’Emile Gallé.

En effet, D. Christian a été le principal collaborateur d’E. Gallé à Meisenthal où celui-ci a fait souffler ses œuvres de verre pendant 27 ans, avant de construire sa propre cristallerie à Nancy en 1894. On doit à Charles Gallé-Reinemer, le père d’Emile, la découverte de l’inestimable talent de Désiré Christian. Le Centre International d’art verrier (Ciav), créé en 1993, se trouve à proximité du Musée. Il se compose d’un atelier et d’une salle d’exposition-vente. Dans l’atelier, nous assistons à une démonstration de fabrication des fameuses « boules de Noël » de Meisenthal, en présence d’un maître-verrier et d’étudiants stagiaires. Le CIAV travaille en collaboration avec la « Hochschule der Bildenden Künste » de Saarbrücken et l’Ecole nationale supérieure d’art de Nancy.

Avant de nous restaurer, de façon très conviviale, à l’Auberge de Mésanges, nous traversons la « Halle verrière », aujourd’hui lieu de découvertes où artistes, comédiens, acrobates, plasticiens, musiciens, chanteurs, ... présentent leurs différentes créations tout au long de l’année, sans rapport direct avec les Arts verriers.

Nous continuons notre périple mosellan à Saint- Louis-les-Bitche à « La Grande Place-Musée du Cristal Saint-Louis ».

En 1767 le roi Louis XV autorise la reprise d’une ancienne verrerie active au XVIe siècle. Elle portera le titre de « verrerie royale de Saint-Louis ». En 1781, les nouvelles verreries royales de Saint-Louis sont les premières sur le continent à mettre au point le cristal dont l’Angleterre détenait le monopole. Grâce à cette technique, Saint-Louis supplante en Europe le verre de Bohême et connaît son âge d’or. Cette manufacture est la plus ancienne cristallerie française et se distingue de ses concurrentes par l’utilisation de la couleur dans le cristal. Sa renommée mondiale s’est faite aussi sur les sulfures dont les collections sont remarquables.

Depuis 1989, l’établissement est repris par la société Hermès qui redynamise la vielle maison.

Le musée privé, au sein même de l’ancienne manufacture, expose les œuvres dans leur contexte historique et technique, accompagné d’une aide audiovisuelle libre. Sur un parcours initiatique de près d’un kilomètre, avec vingt stations, le visiteur est invité à arpenter une étagère géante en pente douce où environ 2000 pièces illustrent quatre siècles d’histoire !!!

Dans un bâtiment du XIXe siècle, les architectes Lipsky et Rollet conçurent une boîte en pin clair rappelant le grenier original et mettant en valeur la pureté du cristal par une mise en scène contemporaine et épurée. Les chefs-d’œuvre y sont présentés par thèmes et la scénographie est animée par une mise en lumière et par une évocation imagée et filmique des processus industriels et des styles artistiques correspondants : verres et carafes taillés, objets en malachite ou en opaline, sulfures, pièces décorées à l’or fin, gravées ou richement taillées...

Enfin nous n’oublierons pas l’exposition temporaire moderne de J.F. Zimmermann, maître verrier allemand, titulaire de la chaire de création artistique en verre à l’Académie des beaux arts de Stuttgart. Les œuvres exposées sur notre parcours illustrent l’ordonnancement cellulaire du monde microscopique naturel. L’artiste souffle le cristal à travers un treillis métallique et obtient ainsi des formes variées, à l’image des systèmes naturels parfaitement ordonnés : « Tout comme un organisme vivant, la masse vitreuse soufflée à travers la grille obéit à un principe de construction précis qui engendre l’ordre et la forme fonctionnelle et la structure la plus stable ».

Ce court passage dans le « Pays du verre et du cristal » fut comme un cadeau de Noël, très amicalement partagé.

Bernard Maudinas

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