voyage en Libye, du 11 au 20 mars 2006

Samedi 11 mars : Mustapha, notre guide francophone nous accueille à Tripoli. Il nous accompagnera pendant tout le voyage ainsi que Machroub, policier du service touristique en civil.

Dimanche 12 mars : Nous visitons le musée installé dans l’enceinte de Assaï Al Hamra, le «Château rouge». Ses collections retracent l’histoire de la Libye de la préhistoire à la conquête de l’Islam. Nous admirons de nombreuses oeuvres d’art découvertes sur les 330 sites de Libye depuis les premières recherches archéologiques en 1911, sans oublier les fouilles subaquatiques de Leptis Magna et d’Apollonia. Leur présentation didactique assez réussie pèche, pour nous, par l’utilisation exclusive de la langue arabe.

Nous nous dirigeons ensuite vers la Médina, rouverte après sa fermeture en 1982 pour caractère immoral des profits commerciaux à titre privé. Nous y visitons la mosquée de Mustapha Gorzi (1833) de style hanéfite comportant une école coranique (madrasa) et un petit cimetière.

L’après midi, nous nous rendons à Sabratha, comptoir fondé à la fin du Ve siècle avant J.-C. par les Phéniciens- Cananéens. Battu par un vent violent par une température voisine de 10° anormale en mars, notre groupe frigorifié arpente ce site en commençant par son attraction principale : un théâtre, remonté en 1930 par des archéologues italiens, offrant à nos yeux éblouis son mur de scène à trois étages. A la différence des théâtres grecs, il est construit sur du plat sur une voûte en blocage et n’est pas excavé. Comme eux, il se trouve au bord de la mer, car leur merveilleuse acoustique en dépend.

La vie quotidienne de cette cité est évoquée grâce aux boutiques et habitations à deux étages avec système de stockage des eaux de pluie, au Forum et aux Thermes.

Nous apprenons qu’en 157 Apulée, avocat romain, s’y est défendu lui-même d’avoir séduit une riche veuve par intérêt, par un plaidoyer conservé sous le nom d’ «Apologie». Etant jeune et beau, il n’avait pas eu besoin de recourir à des procédés illicites pour plaire !

Lundi 13 mars : Nous consacrons toute la journée à la visite du site majeur de Leptis Magna, fleuron de l’antiquité surnommé «la Rome africaine sortie des sables» et classé patrimoine mondial. Port de commerce phénicien, puis grand entrepôt soumis à l’hégémonie de Carthage, elle devint prospère au IVe siècle avant J.-C. Ayant défendu la cause romaine lors des guerres entre Carthage et Rome, elle fut englobée dans le royaume numide au IIe siècle avant J.-C. A la chute de ce royaume, elle fut annexée à la province romaine d’Afrique.

Le destin de ce vaste site, dont les trois quarts dorment encore sous les sables, devait être marqué au IIe siècle par un enfant du pays devenu l’empereur Septime Sévère. Voulant rivaliser avec Rome, il le parera de marbre. Il empruntera son urbanisme à une autre rivale, Alexandrie en Egypte. La splendeur de cette cité de 100.000 habitants, élevée au rang de colonie par Trajan en 110, se maintiendra au IIIe siècle. Sa décadence amorcée au IVe siècle sera accentuée par des inondations, deux tremblements de terre (306 et 365), une invasion de nomades sahariens suivie au Ve siècle de celle des Vandales. L’empereur Justinien tente de redresser la ville, les invasions arabes achèvent le déclin, le port comblé par les alluvions devient inutilisable et les habitants doivent se réfugier dans une crique.

Au XVIIe siècle, la ville est pillée par de nombreux visiteurs étrangers. Le consul de France importe 200 colonnes de marbre, que l’on retrouve sur l’autel de l’église Saint Germain des Prés, à Versailles débitées en placage et sur les sols, aux cathédrales de Rouen et de Brest... On en trouve également au château de Windsor, dans l’Eglise saint Jean de Malte, dans des palais d’Istanbul.

Les fouilles italiennes et le relèvement des monuments débuteront en 1920.

Mardi 14 mars : Nous nous envolons vers Benghazi en Cyrénaïque et visitons Tokra puis les ruines de Tolmeita, l’antique cité grecque Ptolémaïs, devenue capitale de la Libye pentapole sous Dioclétien (284- 305). Elle ne put survivre à la destruction de son aqueduc de 20 km alimentant les citernes situées sous le Forum dans 18 mètres de galeries voûtées. La visite de la villa romaine, parfaitement conservée, des Quatre Saisons nous permet de connaître l’habitat d’une famille romaine au Ie siècle.

Mercredi 15 mars : Après une nuit à Sousah, par un temps toujours glacial, nous partons visiter Cyrène, la Delphes de l’Afrique, 2e site archéologique en importance de Libye. Sur les pentes d’une acropole naturelle, Cyrène, ville à deux étages allant de 620 m à la mer, a été fondée par des colons grecs en 631 avant notre ère. Jusqu’à la fondation d’Alexandrie, elle fut le plus grand centre commercial de l’Afrique après Carthage. Les tremblements de terre de 262 et de 365 coïncident avec le déclin de l’empire et la ville sombrera dans l’oubli avec l’arrivée des Arabes.

Après le déjeuner dégusté dans une grotte, nous partons visiter les ruines d’Apollonia, l’ancien port de Cyrène fondé au début du VIe siècle avant J.-C. Le tiers nord de la ville est immergé entre 8 et 12 mètres de profondeur. Les fouilles sous-marines de la mission française ont commencé en 1985. Le port n’ayant jamais été dragué, de nombreux objets quotidiens y ont été découverts. L’équipement portuaire d’Apollonia, simple anse naturelle protégée des vents par des îlots, est le plus ancien connu.

Jeudi 16 mars : A travers les paysages du Djebel Al Akhdar, nous nous dirigeons vers Suluntha, sanctuaire rupestre du début de notre ère et rare témoignage de divinités et génies locaux appartenant à un panthéon berbère. Nous parvenons ensuite au Qsarel- Libya, fort turc dans lequel un petit musée expose les plus belles mosaïques byzantines de Libye. Pavage à 50 caissons carrés retrouvé intact dans la nef de l’église occidentale, les mosaïques ont été déposées et forment sur les murs du musée une véritable bande dessinée. L’iconographie chrétienne s’inspire à la fois de l’Ecole d’Alexandrie (sujets nilotiques) de Syrie, de Palestine, de Constantinople et d’une production locale. Les thèmes sont païens et chrétiens, les animaux réels et fantastiques, les allégories gréco-latines. Nous déambulons dans la ville de Benghazi, deuxième ville de Libye (810 000 habitants) à l’architecture ottomane, italienne, égyptienne. Cette ville aux larges artères et au front de mer imposant nous étonne par son faible peuplement. Il est vrai que nous y sommes à l’heure de la prière.

Vendredi 17 mars : A travers les paysages spectaculaires de Djebel Nafusa, nous roulons en pays berbère et côtoyons les ateliers de potiers de Gharyan. Arrivés à Nalut, nous visitons un grenier collectif fortifié, institution qui a assuré la survie des communautés agricoles semi-nomades. Véritable coffre fort, il servait à entreposer les récoltes et les réserves de blé et d’huile d’olive de chaque famille. Les niches empilées sur plusieurs étages étaient gardées par un homme de confiance chargé de la gestion des locations, dont le revenu servait à l’entretien de la mosquée et de l’école coranique. Après 650 km de route, nous parvenons à la perle du désert, Ghadamès. Patrimoine de l’Humanité et parfait exemple de l’urbanisme saharien berbère, cette ville du XIIIe siècle ceinturée d’une enceinte de 6 km est vidée de ses habitants depuis 1970. On connaît mal ses origines mais c’était certainement un centre commercial important. Ghadamès était séparé en deux par un mur, témoin d’une rivalité ancestrale entre deux clans, les Banu Walid au nord et les Banu Wasit au sud. Les Italiens y mirent fin seulement dans les années 1920 et transformèrent Ghadamès en centre agricole qui abrite, entre autres productions, 24.000 palmiers dattiers.

La ville a été bâtie pour parer à la fois aux grandes chaleurs estivales - la température peut atteindre 55 degrés - et à une certaine rigueur hivernale, le tout dans le but d’assurer une climatisation naturelle dans le respect de l’intimité familiale et d’une stricte séparation hommes/femmes. D’où les entrelacs de ruelles et de galeries, ces dernières percées à intervalles réguliers de puits de lumière qui éclairent, aèrent et évacuent le sable par phénomène d’aspiration. Construites en briques crues, les maisons elles aussi ont été conçues pour assurer une climatisation naturelle : on accède aux appartements par de longs corridors ; les toits sont percés de lucarnes, uniques ouvertures sur l’extérieur ; les étages sont séparés par une couche d’argile d’au moins 50 cm. Les terrasses constituent un espace totalement autonome, seconde ville réservée aux femmes qui ne sortaient dans les rues qu’à la nuit tombée.

L’après-midi, nous embarquons dans des 4x4 pour nous rendre dans le désert. Après un arrêt au bord des «yeux de mouche», deux lacs salés ronds et contigus dont l’un a 75 mètres de fond, nous parvenons au site de Qalaat al-Ghou dit «château du diable». Il s’agit d’une éminence rocheuse au sommet de laquelle les romains ont bâti une forteresse et creusé un puits. Une vue magnifique sur le désert, les dunes algériennes et une palmeraie tunisienne récompense ceux qui se sont hasardé à l’escalader. Nous terminons notre excursion par une visite aux Touaregs et l’ascension d’une de ces merveilleuses dunes de sable, au sommet de laquelle nous nous asseyons un grand moment pour admirer le coucher du soleil en profitant de l’ambiance primitive et reposante que procure le désert.

Dimanche 19 mars : Sur le haut plateau Hamada El Hamra, nous visitons une des maisons troglodytes souterraines creusées par les Berbères dans ce massif de calcaire tendre aux premiers temps de la sédentarisation. Nous faisons ensuite escale à Yfren qui occupe le point culminant du djebel Nafusah. Le vieux village protégé par son grenier fortifié est abandonné.

Nous voici de retour à Tripoli, d’où nous nous envolons le lendemain pour Paris.

Solange Dupont

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