Les marins-pêcheurs ont, jusqu’à ces dernières décennies,
exercé un quasi-monopole sur l’accès aux métiers
de la pêche. Ils ont instauré ou investi diverses formes
d’organisation destinées à assurer l’exercice et la transmission
de leurs métiers. Sélective, celle-ci s’accomplissait
de manière traditionnelle au sein de familles
de pêcheurs détentrices des savoirs (et pour certaines
d’un capital bateau), savoirs qui conditionnent l’exploitation
des ressources marines.
Des changements majeurs ont, progressivement,
depuis les années 1980, invalidé les modes d’organisation
en place et fait de la reconnaissance des pratiques
et savoirs professionnels un enjeu déterminant
pour le devenir des activités halieutiques. Le principal
de ces changements est d’ordre politique. En effet, la
Communauté européenne légifère de manière de plus
en plus contraignante afin de limiter l’effort de pêche
qui pèse sur les ressources marines. La légitimité de ses
actions repose sur l’expertise scientifique qu’elle
convoque et dont les pêcheurs dénoncent les faiblesses
et l’exclusivité.
Ces derniers s’efforcent de faire valoir leurs savoirs
empiriques en véritable expertise professionnelle et de
susciter à leur tour des études scientifiques qui la
confortent. Leur réflexion, nourrie par des connaissances
extrêmement précises des lieux de pêche qu’ils
exploitent, s’articule autour de l’évaluation des risques
de raréfaction et des mesures à mettre en oeuvre pour
les contenir. Elle aboutit ainsi à une redéfinition du
rapport des pêcheurs à l’environnement marin, tandis
qu’à travers leur mobilisation s’affirme une identité
professionnelle jusque-là quasi-inexistante étant
donné la diversité des pratiques et des conditions
socio-économiques observées.