Avril 2009 - Visite du Laboratoire de recherche souterrain de l'Andra à Bure (Meuse)

Pour la première fois, l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) a ouvert les portes de son laboratoire souterrain de Meuse/Haute-Marne à deux groupes, chacun de 12 adhérents, de notre Association.

Après un accueil chaleureux et une présentation générale de cet EPIC (établissement public industriel et commercial), créé en 1991 et placé sous la tutelle des ministères de la recherche et de l’environnement, nos guides, messieurs E. Poirot, B. Tomco et B. Godon, nous ont exposé les missions de l’Agence.

Dans le cadre de la recherche sur le devenir des déchets de haute et moyenne activité à vie longue (HA et MA-VL), issus majoritairement des centrales nucléaires productrices d’électricité, il s’agit d’évaluer la possibilité de réaliser un stockage sûr et réversible de ces déchets (représentant 4,6 % du volume produit mais 99 % de la radioactivité totale) dans les couches géologiques profondes.

Une riche exposition en surface explique et illustre toutes les activités nécessaires à la gestion des déchets radioactifs et de façon temporaire une manifestation scientifique présente les données géologiques sur les «Argiles : Histoire d’avenir». Sur le site de Bure, la couche argileuse est située sous 400 m de roches calcaires et marneuses. Cette roche, accumulée au cours de l’ère secondaire, est très compacte et d’une porosité très faible, avec une résistance mécanique très supérieure à celle que l’on observe avec les roches argileuses en surface.

Après avoir sacrifié aux obligations vestimentaires d’usage, nous descendons dans les profondeurs à l’aide d’un ascenseur se déplaçant à 2 m/s avec un maximum de 6 visiteurs. Les installations souterraines du Laboratoire sont composées de deux puits de 5 et 4 m de diamètre creusés jusqu’à 500 m de profondeur, d’une galerie expérimentale longue de 40 m dans la partie supérieure de la couche d’argilites du Callovo- Oxfordien (épaisse de 130 m et vieille de 155 millions d’années) à -445 m et d’un réseau de galeries long de 485 m situé à -490m au milieu de la couche d’argilite. Cette couche est très peu perméable et aucune faille verticale de plus de 5 m de longueur n’a été mise en évidence dans aucune des couches géologiques rencontrées.

Véritable outil scientifique, ce laboratoire ne contient pas de déchet radioactif et aucun n’y sera jamais stocké. Environ 130 forages ont été réalisés à partir des galeries expérimentales et plus de 1400 capteurs y ont été installés. Ils permettent notamment des mesures de déformations sous l’effet des contraintes naturelles, de pressions d’eau interstitielle, de perméabilité, de diffusion avec l’aide de traceurs radioactifs et de rétention.

Ces capteurs sont reliés à des centrales d’acquisition de données consultables en temps réel dans la galerie ou depuis la surface.

Rassemblant des scientifiques français et étrangers, des universités et des grands organismes de recherche, un Comité d’orientation et de suivi, installé auprès de l’Andra, sous la présidence du Directeur de la recherche du BRGM, évalue la conception des programmes expérimentaux et l’interprétation des résultats. Au niveau international il faut citer les collaborations de l’Agence avec ses homologues suisse, allemand, espagnol, suédois, belge, avec la Commission européenne et avec l’Agence internationale à l’énergie atomique (AIEA). Il faut rappeler que la loi de programme du 28 juin 2006, relative à la gestion durable des matières et déchets radioactifs, fixe l’échéance de 2015 pour l’instruction d’une demande d’autorisation de création d’un stockage géologique, après débat public et 2025 pour la mise en exploitation, sous réserve d’autorisation après vote parlementaire sur les conditions de réversibilité.

Sans nier les oppositions nationales et internationales farouches et toujours vives au dossier «nucléaire», le site de l’Andra à Bure, parfois lieu d’affrontements, affiche clairement sa volonté de dialogue et d’information pour tous les publics désireux de mieux connaître les différents problèmes posés par la gestion intégrée des déchets radioactifs.

Nous remercions vivement nos guides pour leur disponibilité et leurs compétences à répondre à nos très nombreuses questions au cours de cette visite approfondie et très enrichissante. Un déjeuner amical nous a permis de continuer ces échanges à proximité du site expérimental meusien.

Jacqueline Frühling

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