Pour la première fois, l’Andra (Agence nationale pour la
gestion des déchets radioactifs) a ouvert les portes de
son laboratoire souterrain de Meuse/Haute-Marne à
deux groupes, chacun de 12 adhérents, de notre
Association.
Après un accueil chaleureux et une présentation générale
de cet EPIC (établissement public industriel et commercial),
créé en 1991 et placé sous la tutelle des ministères
de la recherche et de l’environnement, nos
guides, messieurs E. Poirot, B. Tomco et B. Godon,
nous ont exposé les missions de l’Agence.
Dans le cadre de la recherche sur le devenir des
déchets de haute et moyenne activité à vie longue
(HA et MA-VL), issus majoritairement des centrales
nucléaires productrices d’électricité, il s’agit d’évaluer
la possibilité de réaliser un stockage sûr et
réversible de ces déchets (représentant 4,6 % du
volume produit mais 99 % de la radioactivité totale)
dans les couches géologiques profondes.
Une riche exposition en surface explique et illustre
toutes les activités nécessaires à la gestion des déchets
radioactifs et de façon temporaire une manifestation
scientifique présente les données géologiques sur les
«Argiles : Histoire d’avenir». Sur le site de Bure, la
couche argileuse est située sous 400 m de roches calcaires
et marneuses. Cette roche, accumulée au cours
de l’ère secondaire, est très compacte et d’une porosité
très faible, avec une résistance mécanique très supérieure
à celle que l’on observe avec les roches argileuses
en surface.
Après avoir sacrifié aux obligations vestimentaires
d’usage, nous descendons dans les profondeurs à l’aide
d’un ascenseur se déplaçant à 2 m/s avec un maximum
de 6 visiteurs. Les installations souterraines du
Laboratoire sont composées de deux puits de 5 et 4 m
de diamètre creusés jusqu’à 500 m de profondeur,
d’une galerie expérimentale longue de 40 m dans la
partie supérieure de la couche d’argilites du Callovo-
Oxfordien (épaisse de 130 m et vieille de 155 millions
d’années) à -445 m et d’un réseau de galeries long de
485 m situé à -490m au milieu de la couche d’argilite.
Cette couche est très peu perméable et aucune faille
verticale de plus de 5 m de longueur n’a été mise en
évidence dans aucune des couches géologiques rencontrées.
Véritable outil scientifique, ce laboratoire ne
contient pas de déchet radioactif et aucun n’y sera
jamais stocké. Environ 130 forages ont été réalisés à
partir des galeries expérimentales et plus de 1400
capteurs y ont été installés. Ils permettent notamment
des mesures de déformations sous l’effet des
contraintes naturelles, de pressions d’eau interstitielle,
de perméabilité, de diffusion avec l’aide de
traceurs radioactifs et de rétention.
Ces capteurs sont reliés à des centrales d’acquisition
de données consultables en temps réel dans la galerie
ou depuis la surface.
Rassemblant des scientifiques français et étrangers, des
universités et des grands organismes de recherche, un
Comité d’orientation et de suivi, installé auprès de
l’Andra, sous la présidence du Directeur de la recherche
du BRGM, évalue la conception des programmes expérimentaux
et l’interprétation des résultats. Au niveau
international il faut citer les collaborations de l’Agence
avec ses homologues suisse, allemand, espagnol, suédois,
belge, avec la Commission européenne et avec
l’Agence internationale à l’énergie atomique (AIEA). Il
faut rappeler que la loi de programme du 28 juin
2006, relative à la gestion durable des matières et
déchets radioactifs, fixe l’échéance de 2015 pour
l’instruction d’une demande d’autorisation de création
d’un stockage géologique, après débat public
et 2025 pour la mise en exploitation, sous réserve
d’autorisation après vote parlementaire sur les
conditions de réversibilité.
Sans nier les oppositions nationales et internationales
farouches et toujours vives au dossier «nucléaire», le
site de l’Andra à Bure, parfois lieu d’affrontements,
affiche clairement sa volonté de dialogue et d’information
pour tous les publics désireux de mieux connaître
les différents problèmes posés par la gestion intégrée
des déchets radioactifs.
Nous remercions vivement nos guides pour leur
disponibilité et leurs compétences à répondre à nos
très nombreuses questions au cours de cette visite
approfondie et très enrichissante. Un déjeuner amical
nous a permis de continuer ces échanges à
proximité du site expérimental meusien.
Jacqueline Frühling
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