Mardi 10 mai : L’Andalousie était une des destinations
qui avaient été réclamées, à juste titre, car
cette province de l’Espagne dispose de plusieurs
sites de première importance inscrits au patrimoine
de l’humanité. A l’aéroport de Séville, notre
guide Antonia nous accueille et nous installe dans
un hôtel, très confortable mais situé près du Palais
des Congrès, à 11 km du centre. On annonce,
chose très exceptionnelle, de la pluie pour le lendemain
et elle nous propose, en option payante,
une visite après dîner de Séville illuminée.
Une grande partie du groupe participe à cette visite
que nous n’avons pas regrettée car nous avons pu
admirer d’une manière très différente les monuments
que notre guide local sévillan nous a commentés le lendemain.
La gigantesque et très originale place
d’Espagne avec ses représentations en azulejos des 56
provinces d’Espagne était vraiment magique avec cet
éclairage. Nous avons pu admirer la cathédrale illuminée
avec son célèbre clocher Giralda, le pont romain
enjambant le fleuve Gualdaquivir et nous promener
dans les ruelles de Santa-Cruz avec ses patios fleuris.
Mercredi 11 mai : toujours à Séville, nous visitons la
cathédrale construite à partir de 1420 sur l’emplacement
de la grande mosquée dont subsiste seul le minaret.
Au XVIe siècle, l’architecte cordouan Hernan Ruiz
lui conféra son aspect actuel de clocher en le surmontant
de la chambre des cloches et de quatre corps supérieurs
couronnés par une énorme statue symbolisant la
foi et faisant office de girouette. Tirant son nom de ce
fait, la Giralda est le symbole de Séville.
A l’intérieur de cette majestueuse cathédrale, nous
sommes particulièrement impressionnés par l’immense
retable flamand qui orne la Capilla Mayor
fermée par de splendides grilles plateresques. Haut
de 20 mètres, il est orné de milliers de statues qui
donnent l’impression de grandir avec l’éloignement.
Nous admirons également le tombeau de
Christophe Colomb.
Nous pénétrons ensuite dans le Palais de l’Alcazar
dont la construction a débuté en 844 sous le règne
d’Abd-Al-Rahman II et qui est une synthèse de
l’architecture arabo-andalouse. Le roi y séjourne
lorsqu’il est à Séville et alors la visite n’en est pas
possible. Heureusement, il n’a pas choisi la même
date que nous.
Nous admirons le patio des demoiselles du Palais
de Pierre le Cruel, les salons de Charles Quint et
de charmants jardins en terrasses où, comme à
l’habitude, l’eau occupe une place de choix.
Une nouvelle promenade, de jour cette fois, nous
permet d’admirer la magnifique floraison violette
des jacarandas et les délicats patios fleuris des
ruelles du quartier de Santa Cruz.
Dans l’après midi, nous visitons le musée des
Beaux-Arts qui renferme de magnifiques collections
de peintures espagnoles du Moyen Âge au
XXe siècle. Nous admirons en particulier celles du
XVIIe dit le Siècle d’Or avec les oeuvres de
Murillo et Zurbaran.
Incontournable à Séville mais toujours enchanteur,
nous assistons ensuite à un spectacle de
danses et chants flamenco.
Jeudi 12 mai : orage et pluie nous accompagnent
sur notre route vers Jerez. Dommage, car les éléments
déchaînés vont nous priver de l’entraînement,
en plein air, des chevaux andalous de la
célèbre école royale d’art équestre. Nous nous
consolons en dégustant les divers «Xérès» d’une
cave dont nous visitons les chais imposants.
Nous déjeunons à Cadix fondée par Hercule, il y a
3000 ans, sur un rocher rattaché au continent par
une mince bande de terre. Après un tour panoramique
de cette ville étrange et une promenade en
bord de mer, nous nous dirigeons vers Ronda.
Vendredi 13 mai : à Ronda, notre hôtel est magnifiquement
situé en bordure d’un à-pic vertigineux.
Adossée à un rocher de 723 mètres, c’est une forteresse
naturelle tranchée en deux par le Tajo,
entaille de plus de cent mètres au fond de laquelle
coule le Rio Guadalevin. Nous y visitons une des
arènes les plus anciennes et monumentales
d’Espagne et le musée fort intéressant de la tauromachie.
Sur notre route vers Grenade, nous nous arrêtons
à Migas, un des villages blancs andalous les plus
typiques qui nous offre une vue panoramique sur
le littoral méditerranéen.
Nous parvenons à Marbella, station balnéaire
favorite de la jet-set avec ses magnifiques résidences
dont celle d’un émir qui y a fait édifier une
réplique de la Maison Blanche et une mosquée !
Un tour de ville pédestre nous conduit près de la
mer à un large espace où sont exposées des reproductions
des principales sculptures de Dali.
Puis, depuis les remparts de sa forteresse édifiée au
XIVe siècle, nous découvrons la grande ville portuaire
de Malaga, capitale d’une région célèbre par
ses vins doux.
Samedi 14 mai : nous voici à Grenade bâtie sur
trois collines. Son joyau artistique est le palais
«Calat Alhambra» qui signifie château rouge. Il est
universellement considéré comme l’un des plus
beaux palais arabes et le seul resté intact.
Les palais nasrides du XIVe siècle en constituent le
noyau distribué autour de trois cours : Chambre
dorée, Myrtes et Lions. Les décors intérieurs sont
d’une richesse, d’une variété et d’une originalité
inouïes. La merveilleuse coupole du salon des
Ambassadeurs de la Cour des Myrtes compte plus
de 8000 pièces de bois de différentes teintes et
représente les sept cieux du Coran.
Le palais de Charles Quint construit en 1526 par
l’empereur autour d’une vaste cour circulaire à
deux étages de galeries, est du plus pur classicisme.
Nous parcourons les célèbres jardins en terrasse du
Généralife embaumés par les roses avec leur
célèbre «escalier d’eau» et leur «patio de la
Acequia» dont l’étroit bassin en longueur est agrémenté
de jets d’eau. Tant de beauté et de fraîcheur
nous incitent à nous y attarder.
A la cathédrale, nous admirons spécialement la chapelle
royale construite de 1506 à 1521 par les rois
catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand
d’Aragon dont l’union, ainsi que la fin de la reconquête
sur les arabes allaient jeter les bases de l’Etat
espagnol des temps modernes. Une spectaculaire
grille de Bartolomé de Jaén en ferme le transept. Les
deux mausolées doubles de marbre blanc des rois
catholiques, de leur fille Jeanne la Folle et de son
époux Philippe le Beau s’y trouvent. Notre guide
nous fait remarquer que le coussin de marbre soutenant
la tête d’Isabelle est plus affaissé que le coussin
de Ferdinand, ce qui semble marquer que la tête
pensante du couple était Isabelle.
Le musée nous permet d’admirer des oeuvres de
Memling et de Botticelli.
La promenade dans le quartier gitan de l’Albaïcin
nous révèle un nouveau charme de Grenade avec
ses ruelles escarpées, ses maisons blanches et ses
jardins abondamment fleuris.
Dimanche 15 mai : nous voici partis pour Jaén,
capitale provinciale au royaume de l’olivier. Toute
la journée de route jusqu’à Cordoue, nous
contemplerons, impeccablement alignés à perte de
vue sur tous les reliefs, des rangées d’oliviers. Il y
en a, dans cette province, 215 millions qui produisent,
à partir de 32 genres d’olives récoltées par
aspiration ou à la main, une huile renommée dont
nous nous empresserons d’acquérir un échantillon.
Malheureusement, aux alentours de
Cordoue, un gel sévère a frappé l’an dernier des
centaines d’hectares et les rangées toujours impeccables
n’offrent pour le moment, à nos yeux désolés,
que des arbres desséchés qui mettront plusieurs
années à se reconstituer s’ils y parviennent.
Après la visite de Baeza et Ubeda, deux localités
offrant les ensembles urbains Renaissance les plus
remarquables d’Espagne, nous nous installons à
l’hôtel à Cordoue.
Après un dîner de «tapas» typique dans un restaurant
qui l’était moins, nous nous promenons dans
l’ancien quartier juif, «la juderia» aux ruelles
blanches et aux murs fleuris, et admirons le pont
romain enjambant le Guadalquivir.
Lundi 16 mai : Cordoue, patrie de Sénèque, héritière
de la tradition grecque et capitale de l’Espagne
musulmane étendit son empire spirituel de Rome à
l’Afrique. En entrant par la porte des Palmes de son
extraordinaire mosquée, nous sommes surpris par le
spectacle de cette forêt de 850 colonnes et d’arcs.
Ceux-ci en fer à cheval d’inspiration wisigothique
sont formés de claveaux alternativement blancs
(pierre) et rouges (brique). Cette bichromie est
rehaussée par la tonalité grise et rose des fûts des
colonnes. Le rôle de la lumière est déterminant : elle
adoucit les tonalités et crée une atmosphère irréelle
et fascinante.
Nichée au milieu, la cathédrale chrétienne, érigée
le long de la cour des Orangers au prix de la destruction
de quelques colonnes, offre sa richesse des
styles des XVIe et XVIIe siècles. Malgré cela,
Charles Quint lorsqu’il la vit s’exclama : «Vous
avez détruit ce que l’on ne voit nulle part pour
construire ce que l’on voit partout».
Mardi 17 mai : de Séville, nous rentrons éblouis
de notre visite de l’Andalousie qui est une province
d’Espagne apparemment prospère alors qu’elle
en était précédemment la partie pauvre.
Solange Dupont
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